Le récit,
12 mars 2000 vers 16h00 mon téléphone sonne. Une voix "vous êtes la sœur de Ludwig Patrick ?" je lui réponds oui, "venez au plus vite, il va mourir...".
Un gouffre s’ouvre, la terre se dérobe sous mes pieds, plus rien qu'un vide... quelques secondes qui paraissent une éternité. "Qui êtes vous ? Mais non Patrick ne va pas mourir" ai-je hurlé.
"Je suis un ami, j'ai eu du mal à vous joindre, il est à l'hôpital St Antoine, il va mourir".
Avec mon mari, nous avons traversé le Loiret, puis l'Essonne pour arriver à l'hôpital si vite que je n'ai rien vu sur le chemin, et nous retrouver devant l'hôpital sans pratiquement m'en rendre compte. Puis, j'ai poussé la porte d'une chambre, il était là, allongé sur son lit, en vie et endormi.
Un médecin est venu, "vous êtes sa sœur ?", "vous savez, il part, et sans la machine il ne serait plus là, il est presque parti, il n'est plus conscient...".
Pourtant la machine renvoie les battements de son cœur et j'entends sa respiration, et puis il est là alors je ne peux croire ce que me dit le médecin.
Je me suis assise auprès de lui et lui ai parlé mais il ne me répondait pas. J'ai pris sa main mais ses doigts n'ont pas serré les miens, il était près de moi mais à la fois si distant et moi à ses côtés incapable de l’aider ?
« Oh Patrick, j’ai été là toutes les fois où tu m’as appelé, et je suis là mais incapable de faire quelque chose pour te ramener ... que dois je faire ? »
Je suis retournée voir le médecin : « il faut faire quelque chose, on doit l’aider, il y a certainement un moyen, une intervention que dois-je faire, je ne veux pas qu’il meure… ».
« Rien, je suis désolé, il n’y a rien à faire. Il part, chaque instant un peu plus… ». Le médecin m’a expliqué son arrêt respiratoire et son arrêt cardiaque, le délai à le réanimer, son cœur est reparti mais il est resté inconscient, son cerveau lui n’est pas reparti.
J’ai donc compris et suis retournée auprès de lui. On dit que les personnes dans un coma profond entendent, je lui ai parlé et dit combien je l'aimais et que je ne voulais pas qu'il parte, je lui ai demandé de s'accrocher et de revenir... Sa respiration et les battements de son cœur résonnaient dans cette chambre sans bruit, mais il n'est pas revenu.
Les deux jours qui ont suivi, je suis restée auprès de lui, pour rien au monde je ne l'aurais laissé mais les heures sont passées trop vite. Il est parti le 14 mars 2000 vers 15h30. Ses obsèques ont eu lieu le 17 mars, jour de sa fête. Je n’y ai même pas pensé en retenant la date, c’est le jour même que j’ai constaté que ce triste jour était aussi le jour de la Saint Patrick.
Le vide qu'il a laissé est là, et il m'a fallu tout ce temps pour arriver à coucher ces quelques mots et le récit de son départ.
Il me faudra, dans quelques temps, écrire l’attitude de notre famille. Mais pour cela il me faut encore un peu de temps. Tout n’est pas accepté et ce passage est encore difficile à écrire.
En mars de cette année, 9 années seront passées sans que nous nous voyons, sans que nous nous parlions Patrick et moi et pourtant, il se ne passe pas une journée sans que je pense à lui et qu’il soit près de moi.
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