Vouloir ressusciter le temps enfui, conter les histoires de l’enfance endormie…
Pour certains, il n’est plus temps de rattraper ce qui n’a pas existé, en revanche, Patrick et moi partagions une connivence qui d’un coup d’œil et instantanément édifiait notre univers, un espace idéal où nous trouvions refuge : la complicité.
Je pourrais avoir eu des milliers d’existences, je ne remplacerais pour rien au monde ces moments partagés avec mon frère !
Rien ne peut donc m’atteindre, ni me faire souffrir plus que son absence et
« toute méchanceté vient de faiblesse » comme le dit J.J. Rousseau.
Si je choisis d’écrire son histoire, c’est aussi pour le protéger des mensonges de celles et ceux qui aujourd’hui affirment se revendiquer de « la famille », qui se souviennent subitement avoir eu un lien fraternel avec lui en ne l'ayant seulement vu que 2 à 3 fois en 20 ans et qui à mon sens usurpent ce lien de parenté, non mérité parce qu'ils n’étaient pas là lors des moments de solitude de Patrick-Ludwig ; ils n'incarnent rien d'autre… que le mensonge.
D’aussi loin que remonte mes souvenirs, ma famille, ma seule famille c’était lui et pour lui j’étais là quand d’autres ne se préoccupaient que de leur petit univers ou feignait de ne pas comprendre sa détresse, même écrite...
Il lançait un message, tel une bouteille à la mer, aussitôt engloutie par les flots de l'indifférence.
Mes mots veulent construire jour après jours, à travers le vrai récit de sa vie et tel un sortilège : le respect de son histoire et de son nom.
Ces mots repoussent ainsi la méchanceté et l’amertume, construites sur les remords et la culpabilité, de celles et ceux qui ne lui ont pas tendu la main… Ils veulent encore trouver une justification à leur absence, égoïstes qu’ils ont été, et qui craignent aujourd’hui de lire ces textes.
Il est pourtant trop tard pour revenir en arrière, et certains apprennent à connaître ce frère, cet homme, à travers ce site. Pour ceux là, le spectre de la vérité doit être une présence terrifiante, qui hante leur petite existence, parce qu’à un moment ils ont fait de mauvais choix.
Comme on connaît les siens, on les abhorre (Balzac), à ceux là je dédie le magnifique poème de Michel Devillers ...
Cette blessure
Le destin a cru bon d’ouvrir en moi
comme une plaie où pénètrent amertume et remord
Des tombereaux de souvenirs envahissent cette béance
pour y basculer le torrent de tes larmes
Et la nuit, pénétrant mon coeur
dans l’océan de tes yeux, il sombre à tout jamais.
Michel Devillers
Relation de la fratrie...
Comme je l'ai expliqué dans un article précédent, nos parents se sont séparés lorsque nous étions de très jeunes enfants et nous n’avons revu notre mère, que lorsque nous étions de jeunes adultes.
Alors que j’avais tout juste 20 ans, j’ai pris l’initiative de rechercher notre jeune sœur. A 17 ans, elle a découvert l’existence d’un frère, une sœur et une famille dont elle ignorait tout.
Nous n’avons pas grandi ensemble certes, mais nous avions probablement beaucoup à partager et même à reconstruire. Patrick quant à lui et avec beaucoup de patience et de naïveté a continué durant quelques années à téléphoner à Nathalie, mais rien, pas d’affinité et aucune réelle volonté de construire quelque chose avec son grand frère et sa grande sœur. Il me disait "si je ne téléphone pas... pas ne nouvelles". Je sais que c'est vrai pour l'avoir vécu avant lui, après avoir retrouvé notre soeur et durant des mois j'entretenais ce lien sans retour, alors étant moins insistante que mon frère, je n'avais plus de nouvelles.
Tout de même, ce navrant constat a attristé mon frère qui ne comprenait pas pourquoi, elle ne manifestait pas plus d'intérêt que ça pour lui, quant à moi, j’avais déjà retrouvé chez notre soeur, les mêmes traits de caractères que la grand-mère paternelle… et finalement j'ai préféré ne plus m'intéresser à elle.
Durant quelques années, et épisodiquement mon frère avait des nouvelles de notre soeur et me les communiquait, il s'évertuait à ne pa rompre le lien (comme il disait). C'est comme ça que j'ai appris son mariage auquel ni Patrick ni moi n'étions invités et c'est ainsi également que j'ai appris la naissance de mes neveux... et quelques années après, nous avons appris tous deux la naissance de sa dernière fille.
En 1997, lorsque Patrick est allé s’installer à Perpignan, non loin de chez notre soeur, et bien qu'il était seul là bas, sans emploi et avec peu de ressources, elle n'est allée le voir qu'une fois, ne l’a jamais invité chez elle et ne lui a pas présenté ses enfants.
Il était triste lorsqu'il me l'a raconté, à son retour en région parisienne. Il s’est installé dans l'appartement qu’une amie louait, et nous laissait pour Patrick le temps qu’il retrouve un emploi et là, il a de nouveau reçu des nouvelles de notre soeur...
Au cours de quelques brefs échanges en 1998, mon frère a appris qu'elle avait renoué avec notre père et ce malgré qu'il le lui ait déconseillé. Il m'a téléphoné pour me le raconter, je lui ai recommandé de rester en dehors de cette histoire. Cet évènement prédisposait inévitablement à un faire ressurgir le conflit familial et engendrer une polémique principalement lorsqu'elle a voulu venir voir Marcel en région parisienne et que tous deux avaient organisé le séjour de Nathalie, en décidant que je l'hébergerais... et du même coup j’étais indirectement amenée à voir Marcel. Inviter chez les autres c'est aussi plus facile, quand on joue le père généreux, et là ils ont eu droit l'un comme l'autre à m'entendre recadrer ma position les concernant. J'ai couper les ponts définitivement avec ma soeur et Patrick s’est finalement résigné "inintéressante" m’a-t-il dit un jour, d’autant que lui aussi ne voulait plus de contact avec Marcel.
C'est en 2000, que j'ai repris contact avec toute la famille pour leur annoncer l'hospitalisation de Patrick.
En pensant bien faire, ne me suis je pas à mon tour exposée à cette animosité récurrente ? Qu'ont-ils fait pour ses obsèques ? Quel comportement ont-ils eu pendant et après ?
Lorsque je raconterai prochainement le jour du décès et des obsèques de mon frère, ces propos prendront tout leur sens.
Mon frère est décédé sans connaître ses neveux, cette famille qu'il aurait très probablement aimé, car mon frère aimait les enfants. Il adorait Hugo, le fils de notre cousine. Hugo aura quant à lui le plaisir de contempler des photos prises dans les bras de Patrick, il sait qui était son grand cousin et Nadeige lui parlera de celui qu’elle considérait comme son frère et lui qui considérait le petit Hugo, comme son neveu.
Après le décès de mon frère, j’ai à mon tour tenté d'entretenir le lien avec ma soeeur parce que je pensais que nous avons tous droit à une chance, et après un évènement aussi tragique j'ai probablement imaginé qu'elle serait le fil conducteur qui pourrait retisser les liens familiaux, mais nous n'avons aucun point en commun et la relation s’est faite distante jour après jour. Etant de nature solitaire et pouvant prendre facilement la distance avec les gens avec lesquels je n’ai pas d’affinité, je me contente de ceux qui m’entourent véritablement. Je considère qu'une relation amicale ou fraternelle, n'est pas à sens unique et il est tout à fait acceptable, qu'elle n'ait pas eu envie d'avoir de contact avec nous, chacun est libre de ses choix, je le respecte. Ce qui m’étonne toutefois, c’est cette propension qu’on des personnes à vouloir entretenir une relation conflictuelle et parler de haine.
«La haine est un sentiment qui ne peut exister que dans l'absence de toute intelligence.» Tennessee Williams -
La haine est un sentiment, or pour quelques individus de ma famille je ne nourris aucun sentiment, tel qu’il soit. Quant aux conflits et disputes, nous en avons tellement vu enfants, Patrick et moi, qu’adultes nous avons fait le choix de nous en tenir à distance.
Comme je l'ai déjà écrit, au décès de mon frère, j’ai prévenu tout le monde. J’ai donc gardé le contact quelques temps avec Annie également, ponctué par des périodes de silences et de communications, même si après tant d’années nous avions peu de choses à nous dire et que nous nous connaissons si peu.
En 2007, avec mon mari nous avons finalement décidé d'aller rendre visite à cette famille, que je connaissais à peine. Annie était contente, et tous semblaient heureux de cette retrouvaille, jusqu'à ce que Nathalie apprenne que je venais et là...
Dans un véritable acharnement, elle m'interdisait de venir, me laissant maintes messages sur mon répondeur "tu n'as rien à foutre ici, tu n'es rien dans la famille", "reste chez toi, ne viens pas foutre ta merde dans ma famille..." et des messages à la fois injurieux et vindicatifs, il y en a eu tant et si bien qu’Annie à fini par en être malade et moi avoir une bonne migraine. Nathalie oublie t-elle que je suis l’aînée de cette fratrie ?
Finalement de famille, nous n’avons en commun que le nom. J’ai toutefois conservé ses messages, et les courriels de son ex-mari parce que je connais maintenant la capacité d’interprétation de ma sœur, ils lui rafraîchiront la mémoire le cas échéant…
Avec Annie aussi la distance s’est réinstallée. Je comprends qu'il soit difficile de recomposer une famille avec l'éloignement qui nous sépare et sans qu’il n’y ait de réelle intention de tous. Reconstruire une relation sur une vie sur un passé aussi brisés, n'est pas simple. Annie et moi gardons donc le silence, il nous faudra peut être encore 20 ans pour que nos chemins se croisent à nouveau.
Patrick lui ne l'a jamais revu. Il ne le voulait pas, son esprit était probablement très troublé de ce qu'il avait entendu enfant et raconté par les grands parents. Cette cruauté, de raconter des histoires qui marquent la mémoire d’un enfant pour la vie et dont on a du mal ensuite à distinguer la réalité. Je lui ai quelques fois suggéré de faire la démarche de voir Annie pour se faire une opinion par lui-même et comprendre la vérité. Il n'a jamais porté de jugement, nous n’en portons d’ailleurs pas sur son départ, nous l’avons compris en vivant auprès de notre famille, mais il n'a pas souhaité la revoir.
Avec le recul, je me demande si personne ne serait intervenu pour l'en dissuader...
La fratrie ne se limite toutefois pas à nous trois. Nous avons deux demi-sœurs. Il y a Agnès que je ne connais pas du tout, née en mai 1971 et qui d’après les récits de notre sœur, serait autiste. Il semblerai qu’elle ait passé son enfance chez ses grands parents paternels (elle aussi...).
Et enfin il y a Sandrine, la plus jeune de la fratrie plus de dix ans d'âge nous séparent. Je ne l’ai certes vue que deux fois, il y a environ 25 ans et en 2007. Sandrine m’a dit un jour, ne m’en veux pas de ne pas téléphoner, je n’aime par le téléphone ; mais elle a eu des gestes d'attention qui m'ont touchés. Quelques photos de sa fille depuis sa naissance, un petit chat en bois (elle connait ma passion pour les chats) et cette année à Noël elle m'a envoyé un dessin et une photo de sa fille. Le fruit du hasard a voulu que cette petite naisse en mai, comme Patrick (à un jour près c'était la même date), et … elle est née en 2000.
Cette année là, un ange s'en est allé et un autre a vu le jour. Sandrine m'a dit, "j'aurai tellement aimé avoir le temps de connaître Patrick...".
Finalement, nous avons respectivement nos vies et notre existence passe sans nous laisser véritablement le temps de nous retrouver vraiment.
En revanche, il arrive souvent que les gens égoïstes, préfèrent cacher leur triste vérité et tentent de réinventer l'histoire pour se préserver du regard des autres et pour fuir la réalité. Il est donc très probable que ces lignes et ces textes dérangent celles et ceux qui ont fait des choix à certains moments de leur existence, mais en toute objectivité, ce qui n'a pas été fait avant, ne peu plus l'être aujourd'hui. Il ne sert donc à rien de vouloir s’immiscer dans mon récit, je ne pourrais pas poursuivre l’histoire de mon frère sans parler de la famille et de notre fratrie.
Depuis quelques temps, je reçois des messages injurieux et des lettres (pas tout à fait anonymes) de menaces de « quelqu’un » qui veut revendiquer un lien de famille, non consenti autrefois...
Il y a des individus qui sortent de l'ombre et du néant juste pour vouloir perpétuer la souffrance, tel que je le raconte et tel que nous l'avons déjà subi enfant.
Ces messages et lettres ne font que confirmer ce que je relate. Finalement les générations se suivent et se ressemblent hélas bien souvent, c'est la définition même de la reproduction d'un schéma familial. (D’autres textes viendront prochainement et donneront leur sens à cette conclusion). Mon grand père disait, le plus grand des mépris c'est l'indifférence, raison pour laquelle je ne réponds pas à certaines tentatives de provocations.
Patrick n'est plus là et quant à moi, je n'ai pas besoin d’une "prétendue famille" pour poursuivre ma route et mon récit...
Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure, aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures, personne. C'est à cela qu'il faut pravenir. Etre seul, comme l'enfant est seul... Ce n'est pas de moi mais tellement vrai, et ainsi tellement nécessaire pour suivre son chemin et contruire ce récit.
Comme je l'ai indiqué dans un autre texte, si j'écris l'histoire de mon frère et de notre enfance, c'est pour éviter le mensonge et pour préserver son image, sa vie et le préserver tout simplement de ce que d'autres pourraient laisser croire en ne l'ayant vu que deux ou trois fois durant leur piètre existence !
Quel dommage seulement de ne pas avoir pu reformer la famille dont nous avions tant rêvé enfants, Patrick et moi. Il en a certainement plus souffert que moi car je me fais vite une raison, ayant appris à me passer de l'essentiel depuis l'âge de 5 ans. La différence de notre caractère réside là, Patrick était plus naïf que moi envers certaines personnes et plus fragilisé par notre enfance, ce qui l'a quelques fois conduit à se confier à des gens mal intentionnés, prêts à utiliser tout commentaire sorti de son contexte, juste pour vouloir nuire...
Mais peu importe, nous avons toujours été proches tous les deux, avec des querelles fraternelles certes, mais sans grandes importances car la priorité pour moi était d'être là quand il le fallait. Je connaissais suffisament bien mon frère pour entendre sa solitude ou sa tristesse, sans qu'il ne le dise. C'est probablement notre complicité qui me permettait de le comprendre à travers simplement un mot, une dispute et même un silence. Les démonstrations théâtrales propres à certains, ne sont pas ce que j'affectionne, mais lorsque mon frère avait besoin de moi, il téléphonait et j'étais là.
"Où étaient-ils, tous, cette "famille", dans ces moments..." ?
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo

(photo de mon jardin prise en hiver au lever du soleil)
J'ai passé les trois derniers jours de l'existence de mon frère à l'hôpital, à son chevet, seule ou accompagnée de mon mari et de Pascal, l'ami de mon frère. Ainsi, notre fratrie pour moi se résume à lui et moi !
Pour ma part et en toute connaissance de cause, s'il m'arrivait quelque chose, mon mari sait que je ne veux absolument pas qu'il prévienne certains membre de cette famille... Mon frère tentait souvent de renouer les liens, mais personnellement je suis différente ayant tiré un trait, j'assume ce choix et ne reviens pas en arrière, d'autant que l'expérience me prouve qu'il vaut mieux pour me préserver que j'évite tout contact avec de tels individus.
Je ne fais pas de procès d'intention, je veux simplement empêcher certains de mentir au sujet de mon frère. Aussi, je ne m'éterniserai pas d’avantage à parler de celles et ceux qui n'ont pas compté dans notre enfance, ni durant notre vie d'adulte.
Mon récit n'est pas achevé, d'autres textes viendront compléter le récit de la vie de mon frère. Nous avions pas mal de centre d'intérêts en commun : défense animale, peintres, peinture, déco, meubles... il m'a même suivi dans mon association de protection animale, et durant mes débuts en politique... tout ça je le raconterai bientôt, car il y a eu de sacrés bons moments et c'est aussi cette image que je veux communiquer de mon frère.
Je précise que tout ce qui est décrit dans ces pages, n'est autre que la vie de mon frère agrémentée de faits réels pour lesquels je détiens, attestations et documents factuels qui me permettent d'étayer tout ce qui est inscrit dans ces pages. |